Ce pourrait être un film de nos vies. Pas parce que nous ferions un retour à la terre, ne consommerions que du bio, entamerions le tour du monde avec un sac à dos… Non, film de nos vies car il nous invite par son propos, par ce qu’il nous montre, ce dont il nous parle, les rencontres qu’il nous fait partager, à questionner nos vies, nos choix, nos doutes, nos certitudes. Salutaire En quête de sens, un film-documentaire de deux jeunes auteurs Nathanaël Coste, Marc de La Ménardière.

Et de là nous sortons ébranlés et joyeux. Ce film ébranle car, par son écriture, les entretiens faits dans une grande diversité de compétences, de sensibilités, d’horizons, la démonstration est faite que nous sommes, à la place que chacun a pris, parfois malgré soi, dans un chemin qui nous conduit vers moins d’humanité et plus de marchandisation des êtres et à un rythme accéléré.

Il n’y a pas de culpabilité, pas de vérités assénées, pas de discours catastrophe. Il y a de l’adulte à l’œuvre. Ils nous prennent pour des adultes et nous font part de leurs découvertes, de leur compréhension des enjeux et du monde et nous rendent notre liberté de choisir. Et là nous sommes joyeux car il y a de la bonne humeur, un montage créatif, des brèves séquences animées qui nous font sourire par des contributions qui complètent ou questionnent ce qui nous est raconté. Une mise au travail qui n’accable pas mais libère la pensée pour mieux comprendre.

La genèse du film est en soi, et déjà, une proposition d’ouverture, de regarder autrement où nous sommes et ce que nous faisons. Nathanaël Coste, Marc de La Ménardière ce sont deux amis d’enfance. L’un est à New York, ayant fait une école de commerce (ça mène toujours loin…) l’autre fait des documentaires sur l’état de nos ressources collectives. Depuis dix ans qu’ils ne s’étaient pas vus. Mine de rien, par des chemins différents, et au bout d’une décade ils poursuivent leur dialogue en pensée, avec les mêmes doutes, les mêmes envies, la même générosité. Et les voilà partis, sac à dos, caméra au poing parcourir le monde, le regarder avec empathie, avec l’envie, avec la curiosité qui permet d’apprendre, de s’instruire et de faire savoir ce qu’on découvre, en somme de le transmettre.

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Et en sortant de leur film, nous ne sommes pas tenus de signer un quelconque engagement pour toujours, mais de nous dire que pour que cela change, rien ne sera fait sans notre prise de conscience de l’inéluctable et du besoin de notre propre contribution pour que cela puisse évoluer autour de nous.

En quête de sens, c’est bien le contenu d’un film qui nous permet de grandir en liberté et sans sectarisme nous interrogeant sur «ce qui était vrai pour nous hier et ce qui ne l’est pas encore aujourd’hui pour nous». Et ce document s’insère dans ce respect de “l’état de la pensée -de la vérité- de l’Autre”.

Film éminemment politique. Au sens premier du mot, en quoi les choix faits correspondent aux besoins des populations, à l’impératif de justice sociale et égalité de traitement de tous les citoyens. On constate, ils constatent, nous constatons que les impératifs des réalités économiques et sociales de la planète, se basent majoritairement sur des logiques de rentabilité et de profit. Et on se rend bien compte que lors d’élections «prometteuses», comme ce fut le cas de mai 2012, les élus ont vite fait de se ranger, en disant le lendemain le contraire de ce qu’ils avaient promis -ou tout au moins laissé entendre- hier. Mais ce documentaire ne nous embrigade pas dans un discours vindicatif ou de critique d’opportunité. Il laisse des petits cailloux sur un parcours de prise de conscience possible, avec autant de mots-clés: «connaissance de soi, sobriété heureuse, altermondialisme, écologie, spiritualité, agriculture urbaine, agro-écologie, démocratie, oligarchie, interdépendance».

En écoutant certaines interventions on pourrait se laisser aller au déprimant «mais alors il n’y a rien à faire…». Ces jeunes réalisateurs -et promoteurs d’un relais à faire passer- nous montrent qu’ils y a des lieux où ont fait, on expérimente, on «utopie», on revendique, on construit. Tout en nous disant que «vivre en harmonie avec soi-même, les autres et l’environnement» ça commence par son choix, sa propre décision.

Source: blogs.mediapart.fr